L’enfance : une responsabilité collective

L’enfance ne devrait jamais être considérée comme une affaire privée ou strictement individuelle. 

Élever, accompagner et protéger un enfant est une responsabilité qui concerne l’ensemble de la société.

Nous avons parfois tendance à confier nos enfants à une seule personne – une nourrice, un.e enseignant.e, un.e éducateur/trice, un.e entraîneu.ser – comme si une présence unique pouvait répondre, à elle seule, à tous leurs besoins. 

Pourtant, prendre soin d’un enfant exige des qualités considérables : de la patience, de l’attention, de l’écoute, de la disponibilité, mais aussi une capacité permanente à se remettre en question.

Reconnaître qu’il s’agit d’une tâche difficile n’est pas un aveu de faiblesse. C’est au contraire faire preuve de lucidité. Nous sommes des êtres humains, donc des êtres faillibles. Nous pouvons être fatigués, préoccupés, moins disponibles certains jours, commettre des erreurs de jugement ou manquer de recul. Admettre cette réalité n’enlève rien au dévouement de celles et ceux qui travaillent auprès des enfants ; cela permet au contraire de mieux les soutenir et de mieux protéger les plus jeunes.

Chaque jour, des affaires de négligence, de violences ou de mauvais traitements envers des enfants rappellent douloureusement que personne n’est à l’abri d’une défaillance. La réponse ne doit pas être uniquement punitive. Elle doit être préventive et collective. Il s’agit moins de désigner des coupables que de construire des conditions permettant aux adultes d’exercer leurs responsabilités dans les meilleures dispositions possibles.

Pourquoi acceptons-nous sans difficulté que les commerces soient équipés de caméras, que les rues soient surveillées, que les autoroutes soient contrôlées, que les compétitions sportives fassent l’objet d’arbitrages et de vérifications constantes, mais considérons-nous parfois comme une atteinte à la liberté toute forme d’observation, d’évaluation ou de contrôle lorsqu’il s’agit des lieux où grandissent nos enfants ?

La confiance est indispensable, mais elle ne devrait jamais exclure la vigilance. Contrôler ne signifie pas soupçonner systématiquement. Accompagner, évaluer, former, permettre aux professionnels et aux familles de signaler leur épuisement ou leurs difficultés sans être stigmatisés, c’est reconnaître leur humanité. Une société qui protège réellement les enfants n’est pas une société qui exige des adultes qu’ils soient infaillibles ; c’est une société qui accepte leurs limites, les aide à les surmonter et met en place des garde-fous pour que les enfants ne soient jamais seuls face aux conséquences de ces limites.

L’enfance est notre bien commun. Elle mérite davantage qu’une confiance aveugle ou qu’une indignation ponctuelle après chaque drame. Elle mérite une culture de la responsabilité partagée, de l’entraide et de la vigilance bienveillante. Car prendre soin des enfants, ce n’est pas seulement aimer les siens ; c’est reconnaître que tous les enfants portent une part de notre avenir collectif.

Lorène C. , ©Les mots et les mains d’Uma

Cet article n’est pas le fruit d’une réflexion théorique. Il est né de seize années passées dans des salles de classe, au contact quotidien des enfants et de leurs familles. Seize années jalonnées de réussites, mais aussi d’erreurs, de maladresses, de fatigue, de doutes et de remises en question, comme toute expérience humaine profonde.

Aujourd’hui, à travers mon activité de réflexologue et de professeure de musique avec Les Mains d’Uma, je continue d’écouter les récits de parents, d’enfants, de familles. Ces témoignages, parfois lumineux, parfois douloureux, ont renforcé une conviction déjà ancienne : l’enfance ne peut reposer sur les épaules d’un seul adulte, aussi compétent, dévoué et bienveillant soit-il. Elle est une responsabilité collective qui exige de chacun humilité, vigilance et solidarité.